Bye Bye les magazines de dindes !

  • Posté le : 30/01/2015
  • Par : MArie

Janvier 2014, overdose. 

Comme tous les Nouvel An, nous avons fait pot commun avec Laetitia pour écluser tous les magazines de meufs et leurs horoscopes de l'année. L'horoscope me prédit comme en 2013 que je vais me séparer de mon mec — vu comment j'ai galéré pour le trouver, cet homme parfait pour moi, je peux te dire que NOT HAPPENING UH UH avec le sassy finger et tout. Je pense qu'il est surtout temps que je me sépare de mes magazines de dindes. 

Retour à la maison, visite des planques : chevet, dessous du lit, arrière du canapé, chiottes. Du Biba, du Glamour, du Cosmo, du Elle et Elle Danois (jamais lus, laissés là par une visiteuse), et bon point pour ma conscience : pas de Grazia ou de Be, je n'étais pas tombée si bas.

Direction poubelle, immortalisation photographique obligatoire pour facebook (on en reparlera plus tard).

Oh la grosse menteuse : il y avait bien un Be !

Je n'en peux plus. 

Je n'en peux plus de ces magazines de dindes qui depuis des années alimentent mon goût (moyennement sain) pour les gossips de célébrités, me font bouffer de la pub toutes les 2 pages, croient me dire quoi porter, quel sac acheter, quels accessoires vont avec quelle coupe de cheveux. Je n'en peux plus de me plaindre tous les mois que le contenu est de plus en plus vain, de plus en plus fake, comme ces micro-trottoirs à 83%* bidonnés qui remplissent une double ou une quadruple page et libèrent ainsi la pression pour les rédac chef de trouver quoi fourrer dans l'édition de ce mois-ci.

J'en peups de me sentir transformée en dinde totale, obsédée par 3 choses dans la vie : les célébrités (ok ok c'est encore un peu mon péché mignon), les fringues la sacro-sainte Mode, les crèmes pour le visage (le corps, les pieds, les mains, les aisselles). Je n'arrive plus à rentrer dans ce moule, je me dis pleine d'espoir qu'au fond de moi ça m'a toujours un peu gratté, que je ne m'y suis jamais sentie bien. Je me demande comment j'en suis toujours à m'infliger l'ingestion mensuelle de ces plateaux à clichés (oh lala je suis une meuf, je donnerais ma vie pour des Louboutins, MA VIE TU ENTENDS ?!), comment ça se fait que je n'ai jamais eu le déclic, que je n'ai jamais essayé de renverser cet Establishment.

"Flutain** les mecs meufs j'ai l'idée du siècle pour vendre de l'espace pub !"

Ils ont vraiment décroché le pompom pour moi le jour où ils se sont pris pour des gros smartass de service et ont commencé d'insérer des pubs pour des fringues de gosses autour des pages mode.

T'es là tranquille en train de tuer 15 minutes de ta vie à "lire" le Glamour du mois (vous notez que je le mets "lire" entre guillemets parce que niveau contenu c'est toujours très light), ton oeil aguerri saute les pubs de parfum ou de fringues de marques que tu ne porteras jamais parce que tu n'as pas les moyens de t'acheter 83%* des choses qu'on t'a montrées dans les 24 premières pages, la force de l'habitude te fait éviter les témoignages à 2 balles de "comment ils se sont rencontrés" ou "c'est quoi une fille qui a 30 ans aujourd'hui" (le truc à 83%* édulcoré en plus), tu fonces vers l'article qui fait que OUAIS OK C'EST BON JE L'ACHÈTE ENCORE CE MOIS-CI MAIS APRES J'ARRÊTE, tu te l'enfiles en quelques minutes parce que c'est jamais trop poussé hein on-va-pas-fatiguer-nos-lectrices-avec-leurs-2-neurones ("comment pimenter ma vie sexuelle ? en achetant des sextoys" mais putain flutain*** mais MERCI LES GARS MEUFS ! Quelle originalité ! Quel conseil totalement hors des entiers battus ! NO. Wait. Arf.).

Tu te dis que c'est pas grave tu vas aller direct à l'horoscope pour te remonter, tu t'apprêtes à traverser le désert que sont les pages modes ("Veste Machin 350€", "Pantalon Tructruc 1200€ sur commande" What the fuque ?!) et là BIM ! t'étais pas préparée, tu REGARDES, tu LIS, tu INGÈRES une pub pour habiller les gosses que t'as pas. 

Pourquoi ça me pose un problème ? 

Pour plusieurs raisons qui se suivent, vous allez voir la logique qui tue des chatons :

  • Je me sens prise en traître là, j'ai rien vu venir, je suis tombée dans une grosse embuscade comme une bleue qui a jamais lu de magazines féminins de sa vie, alors que j'ai commencé au doux âge de 16 ans de lire Jeune et Jolie et 20 ans (cherchez la logique) — J'AI DONC 18 ANS D'EXPERIENCE STEPLÉ ! Tout ça pour me retrouver nez à nez avec une pub dont je n'ai rien à foutre, mais qui en plus m'agite un bon gros cliché sous le nez : meuf + 30 balais + lectrice de féminins = gosses. Nope, i don't think so.
  • Je ne veux pas d'enfants (on en reparlera plus tard)**** et je veux encore moins qu'on m'agite sous le nez que c'est poutant une évidence qu'une femme qui a passé 30 ans elle a l'horloge biologique qui panique et que c'est comme ça qu'elle va vraiment se réaliser : en donnant la vie. J'espère bien me réaliser autrement et mon horloge biologique vit en parfaite harmonie avec mon moyen de contraception. En revanche mon horloge biologique, elle, elle n'aime pas du tout votre logique marketing des années 50. Mais c'est de ma faute : comment ai-je pu croire que vous pouviez faire mieux que ça ? on n'est qu'en 2014.
  • C'est la fin de l'espace "sans gosses" : admettons que je sois maman (et que j'aime ça), est-ce que franchement quand je me fais ma pause de ma-vie-débordée-de-maman (coucou les gros clichés !) en me jetant dans le plaisir honteux de lire ces magazines pour me décérébrer, est-ce que tu crois vraiment que j'ai envie que soudain sans prévenir on me rappelle que je suis maman et qu'il faut que je pense à habiller mes gosses pour la rentrée ? Je ne crois pas (et que celle qui me soutient le contraire aille s'acheter Femme Actuelle et ferme son clapet). Admettons que je sois tata (je le suis) : est-ce que tu crois vraiment que j'ai envie de me rappeler à ce moment précis que je devrais acheter un pantalon indestructible à mon neveu pour soulager ma belle-soeur ? Je peux répondre : non. Là tout de suite je m'en tape. Foutez moi la paix, c'est c'était MON moment et vous me l'avez ruiné pour que je pense aux autres. Ou aux gosses des autres.

Mais j'entends déjà que je ne suis pas objective parce que je n'aime pas les enfants. Sauf que si. Si si, j'aime bien les enfants. Chez les autres (comme les chats). Les enfants des autres. Dans les magazines DES AUTRES.

Ma position là, c'est simplement : Flutain les mecs ça n'a carrément rien à foutre là-dedans ! C'est limite une insulte à la face de la femme moderne (que je suis) : OK c'est une fonction exclusivement féminine de faire des gosses, mais c'est pas une raison pour nous le rebalancer dans la tronche à chaque opportunité, on ne se résume pas qu'à ça que je sache.

Mais pourquoi tu ne tournes pas la page tout simplement ?

Haha. Bah c'est ce que je fais : j'arrête les magazines de dindes. Ah non tu veux dire littéralement tourner la page ? Je l'ai fait. Mais j'ai lu, c'est trop tard, c'est imprimé, j'ai donné on m'a arraché de l'espace de cerveau disponible. Et ce n'est pas juste, ce n'est pas normal, ce n'est pas anodin qu'un magazine dispose de MON espace de cerveau disponible comme bon lui semble.

Certes ça fait des années que j'en lis, j'aurais du m'y attendre, j'aurais du m'en douter que ça arriverait quand j'ai arrêté d'acheter Biba parce que je voyais bien que je n'étais pas (plus ?) dans la cible (nan mais sans déconner à un moment ils sont passé de "lectrice jeune et relax des ovaires" à "moins jeune et forcément maman"). Mais il arrive ce moment où ça ne devient plus possible d'acheter un magazine et de passer son temps à sauter des pages pour arriver au contenu. 

J'ai essayé tu sais. J'ai essayé la méthode de Chiara qui dit que les pubs ça fait partie du concept, que c'est du lèche-vitrine. Mais je bouffe de la pub tous les jours à la télé, dans le métro, dans la rue, je sais reconnaître quand on essaie juste de me faire acheter-acheter-ACHETER quelque chose : une marque, une sensation, une identité, une image de moi-même. Mais si tu voyais les magazines féminins en italie : ils font le double des nôtres, et pas en contenu mais bien en publicité — c'est le désespoir qui leur font croire que c'est du lèche-vitrine je ne vois pas d'autre explication. 

Alors oui je tourne la page.

J'ai une longue carrière de liseuse de magazines. Ma mère m'a fait commencer toute petite avec Bussi l'Ours, mon premier amour. J'ai grandi, je suis passée à Picsou Magazine (mon frère avait le Journal de Mickey, on se complétait bien). C'était la bonne époque.

J'ai déraillé peu après quand j'ai commencé à lire Salut! (et le OK! Podium de la petite-fille de la voisine) et que j'ai passé la seconde en achetant Star Club. Star Club et ses pages photos qui ornaient ma chambre, ses fiches "paroles des chansons", et... c'est à peu près tout ce dont je me souviens. Ah non je crois qu'il y avait des pages conseils "j'ai mis un pantalon dans lequel un garàon a spermé, vais-je tomber enceinte" ---> MAJOR FACEPALM. J'aurais du me douter que j'étais en train de prendre un chemin dangereux.

Suivent donc Jeune et Jolie mais pas longtemps parce que c'était quand même très cul-cul, 20 ans et les articles de Diastème qui me fendaient la gueule, et puisj'ai gagné en années, et en pouvoir d'achat, et les infidélités en série ont commencé entre Biba, Glamour et Cosmo. J'ai tenté Be, mais la première maquette m'a fait saigner des yeux. La deuxième aussi en fait. J'ai bien aimé Grazia pendant quelques mois, j'ai même téléchargé l'appli. Que je n'ouvrais jamais.

Et puis j'en ai eu ma claque des listes des 50 idées de cadeaux de noël à prix exorbitants, des semi-interviews de gens qui avaient peut-être quelque chose à dire, des longues interviews d'autres à qui on pose toujours les mêmes questions (Jennifer Aniston, quand allez-vous faire un enfant ? hein ? HEIN ?). Marre des conseils "culture" en retard sur l'actu dans laquelle je vis, des conseils beauté que je n'ai JAMAIS, JAMAIS, JAMAIS considérés, ou pire : appliqués (des pages que je sautais religieusement, comme les pubs). Et ras-le-bol des pages mode qui ne me vendent plus de rêve depuis longtemps, mais me montrent juste des mannequins de la moitié de mon âge (et de mes mensurations tout à fait humaines) dans des fringues que je ne saurais même pas où trouver (OK je l'avoue : je n'ai jamais compris le mode d'emploi des pages modes en fait, ma crédibilité s'effondre tout à coup). (Mais continuez de lire).

J'ai essayé de lire Causette, mais je crois que je ne me suis jamais remise de leur toute première couv', avec la gonzesse seins nus qui te promettait de la revendication féministe. Je sais que ce n'est pas (que) ça, mais j'ai vachement de mal à me sortir cet énorme cliché de la tête. Je n'ai jamais ouvert l'exemplaire qu'on m'a prêté (il me semble que je ne l'ai pas rendu non plus). 

J'ai essayé de lire Paulette. Dans les chiottes, pour te situer un peu l'ampleur de ma disette. Je suis tombée sur une double page qui parlait de blogs de gonzesses. Je me suis dit que j'étais pas plus conne qu'une autre et que je pouvais en faire un. Après ça, le numéro était rose-poupon, c'était le numéro "tout doux", un autre cliché, ça m'a fait chier (heureusement j'étais là pour ça — le point la Classe à Dallas est ainsi atteint, c'est cadeau).

Maintenant je m'encultive (ça fait un peu mal mais j'aime ça)

Au détour d'une offre spéciale, et la disette s'intensifiant, je me suis abonnée à Vanity Fair. OUAIS JE SAIS : ce n'est pas un féminin (mais quand même j'aimerais bien connaître les chiffres du lectorat féminin vs masculin...).

Je douille un peu, pas financièrement (ya un vrai rapport qualité/prix tout à coup) mais parce que ce n'est plus le même investissement de temps : y'a de vrais articles avec du travail d'enquête journalistique qui se sent au détour d'à peu près chaque paragraphe, des portraits de gens qui ont pas l'air intéressants comme ça (superficialité quand tu nous tiens !) mais qui sont en fait plus complexes et fascinants que tu croyais. Des success-stories qui vont au-delà d'avoir joué dans 3 films et demi ou d'avoir sorti un album en remuant son cul. Ou d'avoir juste sorti son cul (on en reparlera plus tard). Y'a pas d'horoscopes qui me prédisent que je vais quitter mon mec aussi, ça me fait des vacances. Flutain des fois je suis même emballée à l'idée de lire l'édito de Michel Denisot ! 

ALORS CERTES, là aussi je m'enfile des pages de pub et en plus j'ai ENCORE MOINS les moyens d'acheter ces marques-là que celles qu'on me balançait dans ses prédécesseurs. Certes, il se trouve que je n'ai pas du tout le temps de lire la totalité et qu'il y a même 2 ou 3 au moins 6 numéros qui sont allés direct dans mes planques habituelles et que je n'ai pas (encore) ouvert. Mais quand je les ouvre enfin, niveau contenu, je trouve que ça me tire vers le haut. J'aime pas tout, parfois je trouve ça un peu cliché et d'autres fois je vois bien que je suis pas tout à fait dans la cible. Ou juste à côté. Ou loin derrière dans l'échelle des revenus. Mais je m'avale de vrais articles, des histoires qui inspirent, des tranches de vie qui ne sont pas inventées mais documentées, des opinions sur des sujets qui m'aident à construire la mienne propre. 

Mais surtout, SURTOUT, le simple fait de ne pas me sentir prise en otage d'une "image de la nouvelle femme moderne" me donne des ailes, et je lis, je lis, je LIS. Je regarde des photos aussi, mais surtout JE LIS. Le truc de base qu'on fait dans un magazine. Et que j'avais oublié après Diastème.

On se calme : je ne suis pas passée dans un camp imaginaire radicalement anti-magazines-de-meufs.

Mais maintenant, c'est comme les enfants (et les chats) : c'est bien, chez les autres.

 


VOUS ÊTES ARRIVÉ AU BOUT DE CE POST, VOUS POUVEZ REPRENDRE VOTRE RESPIRATION.


 

*Telle Barney Stinson, j'ai décidé que chaque fois que j'utiliserai des statistiques complètement bidons, elles s'élèveront à 83%.

**Dans l'optique de limiter le nombre de grossièretés par post, j'essaierai de toujours utiliser cette expression copyrightée par Florence Foresti © au lieu d'un simple mais un peu ordurier "putain".

***Ok on se calme c'est du work in progress je fais ce que je peux pour me débarrasser de cette habitude. Putain les relous.

****Quand je dis "(on en reparlera plus tard)" c'est parce que ça fera sans doute l'objet d'un post, pas parce que je changerai d'avis (je changerai peut-être d'avis, mais ce n'est pas le sujet).